J'écoute : Rufus Rainwright Je regarde : la danse sensuelle de l'Inde s'emballer Je lis : L'homme révolté, Camus Je mange : des chapatis, des mangues Je bois : des lassis Je cite : Mohammad Yunus Je pense : aux gens que j'aime, et qui sont loin Je rêve : de fraicheur et de verdure (mis à jour dimanche 18 mai 2008 à 09:22)
Lettre ouverte d’Evo Morales, président de la Bolivie, à propos de la "directive retour" de l’Union Européenne
Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, l’Europe fut un continent d’émigrants. Des dizaines de millions d’européens partirent aux Amériques pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités ethniques. Aujourd’hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite « directive retour ». Le texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l’intérieur des 27 pays de l’Union Européenne, doit être voté le 18 juin au Parlement Européen. Je sens que se durcissent de manière drastique les conditions de détention et d’expulsion des migrants sans papier, quelle que soient leur temps de permanence dans les pays européens, leur situation de travail, leurs liens familiaux, leur volonté et leurs efforts d’intégration.
Les européens arrivèrent massivement en Amérique Latine et aux États-Unis, sans visas ni conditions imposées par les autorités. Ils furent toujours bienvenus et continuent de l’être dans nos pays du continent américain, qui alors absorbèrent la misère économique européenne et ses crises politiques. Ils vinrent sur notre continent pour exploiter les richesses et les transférer en Europe, avec un coût très élevé pour les populations indigènes d’Amérique. Comme c’est le cas de notre Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines d’argent qui ont apporté la masse monétaire au continent européen du XVIème au XIXème siècle. Les personnes, les biens et les droits des migrants européens furent toujours respectés.
Aujourd’hui, l’Union Européenne est la destination principale des migrants du monde, conséquence de son image positive d’espace de prospérité et de libertés publiques. L’immense majorité des migrants va a l’UE pour contribuer à cette prospérité, et non pour en profiter. Ils occupent des postes dans les travaux publics, la construction, les services aux personnes et les hôpitaux, postes que ne peuvent ou ne veulent pas occuper les européens. Ils contribuent au dynamisme démographique du continent européen, à maintenir la relation entre actifs et inactifs que rendent possible vos généreux systèmes de sécurité sociale et ils dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l’UE.
Pour nous, nos migrants représentent l’aide au développement que les européens ne nous donnent pas –en effet, peu de pays atteignent réellement l’objectif minimum de 0.7 % de leur PIB pour l’aide au développement. L’Amérique Latine a reçu, en 2006, 68 000 millions de dollars de transferts de fonds, soit plus que le total des investissements étrangers dans nos pays. Au niveau mondial, ils atteignent 300 000 millions de dollars, dépassant les 104 000 millions accordés pour l’aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, reçoit plus de 10% du PIB en transferts (1 100 millions de dollars) ou un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.
Cela signifie que les flux migratoires sont bénéfiques autant pour les Européens que pour nous autres du Tiers Monde, bien que de manière marginale puisque nous perdons également des contingents de main d’œuvre qualifiés qui se comptent par millions, et pour lesquels, d’une manière ou d’une autre, nos États, bien que pauvres, ont investi des ressources humaines et financières.
Lamentablement, le projet de « directive retour » complique terriblement cette réalité. Si nous concevons que chaque État ou groupe d’États peut définir ses politiques migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits fondamentaux des personnes soient niés à nos compatriotes et frères latino-américains. La « directive retour » prévoit la possibilité d’un emprisonnement des migrants sans papier allant jusqu’à 18 mois avant leur expulsion – ou « éloignement », selon les termes de la directive. 18 mois ! Sans jugement ni justice ! Tel qu’il est aujourd’hui, le projet de texte de la directive viole clairement les articles 2, 3, 5, 6, 7, 8, et 9 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. En particulier l’article 13 de la Déclaration annonce :
« 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. »
Et, le pire de tout, il existe la possibilité d’emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans tenir compte de leur situation familiale ou scolaire, dans des centres d’internement où nous savons que les dépressions, les grèves de la faim et les suicides existent. Comment peut-on accepter sans réagir que soient concentrés dans des camps des compatriotes et frères latino-américains sans papier qui, pour une immense majorité ont passé des années à travailler et à s’intégrer ? De quel côté est aujourd’hui le devoir d’ingérence humanitaire ? Où est la « liberté de circuler », la protection contre l’emprisonnement arbitraire ?
Parallèlement, l’Union Européenne essaie de convaincre la Communauté Andine des Nations (Bolivie, Colombie, Equateur et Pérou) de signer un « Accord d’Association » qui comprend en troisième pilier, un Traité de Libre Commerce, de la même nature et contenu que ceux qu’imposent les États-Unis. Nous subissons une intense pression de la part de la Commission Européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos services publiques. De plus, au nom de la protection juridique, nous subissons des pressions à propos des processus de nationalisation de l’eau, du gaz et des télécommunications réalisés à l’occasion de la Journée Internationale des Travailleurs (1er mai - NDT). Je demande, dans ce cas, où est la « sécurité juridique » pour nos femmes, adolescents, enfants et travailleurs qui cherchent de meilleurs horizons en Europe ?
Promouvoir la libre circulation de marchandises et des finances, alors qu’en face nous assistons à l’emprisonnement sans procès pour nos frères qui essaient de circuler librement, c’est nier les fondements de la liberté et des droits démocratiques.
Dans ces conditions, si cette « directive retour » est approuvée, nous serions dans l’impossibilité éthique d’approfondir les négociations avec l’Union Européenne et nous nous réservons le droit de mettre en place pour les citoyens européens les mêmes obligations de visa imposées au Boliviens depuis le 1er avril 2007, selon le principe de réciprocité diplomatique. Nous ne l’avons pas exercé jusqu’à ce jour, justement dans l’espoir de voir de bon signaux de la part de l’UE.
Le monde, ses continents, ses océans et ses pôles, vivent d’importantes difficultés globales : le réchauffement climatique, la pollution, la disparition lente mais certaine des ressources énergétiques et de la biodiversité tandis qu’augmentent la faim et la pauvreté dans les pays, fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu’ils soient avec ou sans papier, les boucs émissaires de ces problèmes globaux, n’est pas une solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes de cohésion sociale dont souffre l’Europe ne sont pas la faute des migrants, mais le résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la planète et démembre les sociétés des hommes.
Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent, de régions du monde telles que le Maghreb, de l’Asie et des pays d’Afrique, je lance un appel à la conscience des liders et des députés européens, des peuples, citoyens et activistes d’Europe, pour que le texte de la « directive retour » ne soit pas approuvé.
Telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est une directive de la honte. J’appelle également l’Union Européenne à élaborer, dans les mois prochains, une politique migratoire respectueuse des droits humains qui permette de maintenir ce dynamisme profitable à nos deux continents et qui répare une fois pour toute la terrible dette historique, économique et écologique qu’ont les pays d’Europe envers une grande partie du Tiers Monde, qui referme une fois pour toute les veines toujours ouvertes de l’Amérique Latine. Vous ne pouvez rater aujourd’hui vos « politiques d’intégration » comme vous avez échoué avec votre prétendue « mission civilisatrice » du temps des colonies.
Recevez, chers tous, autorités, euro parlementaires, camarades, un fraternel salut depuis la Bolivie. Et en particulier, notre solidarité envers tous les « clandestins ».
Evo Morales Ayma
Président de la République de Bolivie
Les courageuses et courageux ont droit à un extrait qui, à mon humble avis, déchire quand même un peu sa race.
« Si la peur de la mondialisation est partagée par une majorité d’électeurs, pourquoi s’accompagne-t-elle d’un tel doute politique sur leur propre capacité à en annuler les effets. Pourquoi cette même majorité ne pourrait-elle pas choisir d’engager tout à la fois l’économie sur une voie inégalitaire et le politique dans une voie redistributrice ?
Pour comprendre ce paradoxe, Raquel Fernandez et Dani Rodrik ont proposé un exemple qui témoigne parfaitement de la complexité de l’enjeu. Considérons tout d’abord une société constituée de cent personnes qui gagnent initialement un franc par an : la société ainsi décrite est parfaitement égalitaire et produit 100 francs chaque année. Interprétons maintenant la « mondialisation » (au sens large que nous lui avons donné : commerce et révolution industrielle) comme une transformation qui permettre à soixante personnes de doubler leur revenu, mais qui réduise aussi de moitié le revenu des quarante autres personnes ; La mondialisation produit un enrichissement inégal : elle accroît les inégalités, mais elle enrichit pourtant la société dans son ensemble puisque le revenu global passe de 100 avant mondialisation à 140 après (= 60 x 2 + 40 x 0.5). Une société qui serait « libre » de sa fiscalité choisirait de s’engager dans la mondialisation ; il suffirait en effet que ceux dont le revenu passe de 1 à 2 francs acceptent de compenser de 50 centimes (au moins) les perdants pour que tout le monde y trouve son compte.
Le problème est pourtant le suivant : si la société voulait bel et bien s’engager à l’avance à dédommager les perdants, rien n’oblige les gagnants à le faire après coup. Lorsque la mondialisation a produit ses effets, la société se trouve divisée en riches et en pauvres. Aussi longtemps que ceux qui bénéficient de la transformation sont majoritaires, rien ne les oblige politiquement à dédommager les perdants. Le consensus démocratique exclura les « perdants » de la prospérité : non pas du seul fait des lois du marché, mais parce que les lois de la politique ne suffisent plus à invalider leurs effets.
Ce raisonnement peut être encore affiné…
[…]
Faut-il pour autant conclure qu’une majorité révélée d’électeurs trouve son compte à la répartition des richesses actuelles ? Les 60% de gagnants abandonnent-ils le reste de la société à son destin au seul motif de l’arithmétique électorale ? Cette conclusion serait trop mécaniste : l’attitude vis-à-vis de la pauvreté n’est pas dictée seulement par sa propre position sociale. Les travaux de Thomas Piketty en attestent : les électeurs votent beaucoup plus souvent en fonction des « représentations » du monde qu’ils se donnent qu’en fonction de leur strict intérêt économique.
Souvent, comme le montre Piketty, la position sociale des parents compte beaucoup plus que la propre position sociale des électeurs pour déterminer leur vote.
Donnons ici un exemple plus direct de cette analyse.
Une expérience de psychologie appliquée a été faite, qui aidera à prendre la mesure de cette attitude face à la redistribution. On demande tout d’abord à dix enfants de faire un dessin. Lorsqu’ils sont faits, l’organisateur de l’expérience prend un dessin au hasard, annonce qu’il est le plus beau, et explique qu’il faut à son auteur une récompense : un billet de cent francs. Lorsque le prix est donné, l’éducateur murmure à son oreille qu’un des dix enfants est très malade, et qu’il pourrait être aidé grâce au billet de cent francs. Dans 90% des cas l’enfant donne son billet à son petit camarade. Les résultats de cette expérience sont ensuite comparés à une autre qui en modifie les données de la façon suivante. Au lieu d’attendre que les dessins soient faits pour révéler qu’un prix récompense le plus beau, l’éducateur annonce les règles dès le début : le plus beau dessin sera récompensé par un billet de cent francs. Lorsque les dessins sont faits et le plus beau dessin (pris au hasard, comme dans la première expérience) récompensé, l’éducateur répète les mêmes phrases concernant le petite camarade malade. La réponse de l’enfant est cette fois radicalement différente : dans la majorité des cas il conserve « son » billet.
Cette expérience témoigne d’une réalité simple et profonde : l’altruisme, le souci de l’autre, ne sont pas des données « intrinsèques » de la nature humaine, elles dépendent des le représentation qu’une individu aura du monde social auquel il appartient. Le premier enfant reçoit une récompense qu’il n’a pas prévue : elle le rend généreux ; le second enfant au contraire voit dans le billet de cent francs la récompense qu’il croit méritée de son effort : il devient égoïste…
Il y a plusieurs directions auxquelles cette anecdote peut conduire. La première permet de cerner la différence d’attitude qui s’exprime depuis la fin des trente glorieuses au sein même de l’Europe. Aussi longtemps qu’on gagne plus qu’on ne croyait recevoir, comme ce fût le cas dans les années d’après-guerre, on est généreux, on construit une protection sociale « pour tous ». A l’heure où il faut indéfiniment réviser à la baisse ses attentes, à l’inverse, on devient plus individualiste : on se bat pour « sa » caisse de retraite, sans prendre en compte la situation des autres.
Mais cette expérience permet également de saisir la différence d’attitude entre la France et les Etats-Unis. Lorsqu’on les interroge sur les causes du succès professionnel, les Français répondent : les relations, la chance…, tandis que les Américains répondent : l’ambition, le travail… Un Français qui a réussi est comme le premier enfant : il croit en sa chance. L’Américain ressemble au second : il croit en l’aboutissement de ses efforts, même si en pratique la réalité sociale et en fait très proche de part et d’autre de l’Atlantique (contrairement aux idées reçues, les tables de mobilité sociale sont en effet voisines l’une de l’autre en France et aux Etats-Unis). L’américanisation de la société que redoutent tant les Français est peut-être en train de se jouer aujourd’hui à ce niveau-là, dans le domaine des représentations de la société, dans une attitude plus « inquiète » au travail, dans une nouvelle image des efforts à faire pour assurer sa réussite professionnelle… »
Piscine :
n.f.
1. lieu rêvé pour forniquer dans les vestiaires en charmante compagnie.
2. lieu idéal pour songer avec nostalgie à ses amours tombées à l’eau.
Quel tête de con quand même, il ne faut pas s'étonner de te faire cogner dans la rue..
Zitrion
je te demande pardon ?
le-pied-de-damocles
l'article sur ton blog m'a particulièrement dérangé, j'ai des amis gays d'origine arabe qui souffrent suffisamment de l'image qu'on leur renvoie, qui se passeraient bien d'un jugement généralisé sur les gens de leur communauté.
Il faut faire attention à ce que l'on dit, en tant que gay, nous ne pouvons entretenir ce genre de haine.
23/09/2007
Zitrion
bon. En premier lieu, je te demande de t'excuser pour ton premier mail, qui était insultant et idiot. Ensuite : je relis mon post... non, il ne faut pas lire plus que ce que j'ai écrit. Je n'ai pas présagé de la religiosité du bonhomme, je n'en savais rien. J'ai des amis arabes - non religieux cela dit - (cet argument n'est pas forcément probant, quel nazi n'avait pas "ses amis juifs" ?). J'ai justement fait attention à ne pas tenir de jugement généralisateur, expliqué que je n'avais jamais discuté avec une femme voilée, et je distingue parfaitement un arabe d'un musulman. Et j'ai expliqué que ce post n'était pas le lieu des débats .... "Islam et/ou/vs. modernité", et "cultureS arabeS et acceptation de l'homosexualité". Toute religion a une tendance lourde au traditionnalisme et aux positions réactionnaires, et les dogmes religieux empêchent par leur nature même l'émergence d'une pensée critique et moderne. D'autre part, l'homosexualité est très mal acceptée dans les pays arabes, ce n'est quand même pas faux que d'écrire ça, j'en suis le premier désolé, mais c'est ainsi ! Il faut tout de même en tenir compte pour juger des comportements.
25/09/2007
le-pied-de-damocles
Que c'est agréable de piquer juste un peu pour avoir des explications un peu plus fournies. Je partage cet avis que l'homosexualité est criminelle dans ces pays et que le pire c'est l'énergie déployée par ces arabes en france pour nous faire vivre dans la terreur. Je ne les aime pas, je méprise cette mentalité tout autant que toi. Les religieux sont les pires, je me suis battu violemment à plusieurs reprises. Je n'ai pas l'intention de m'excuser de mon premier message, je n'aime pas ton visage.
Zitrion
Et lorsque tu n'aimes pas le visage de quelqu'un, tu l'insultes ? Intéressant... un chouia méprisable comme attitude. Encore un effort pour devenir un homme civilisé.
28/09/2007
le-pied-de-damocles
ce n'est pas ma vocation d'être civilisé, vraiment tu as une bonne tête de con, quelle horreur, avec un tel visage tu seras malheureux toute ta vie.
Commentaires
i. Pour vivre heureux, vivons cachés. J'aimerais bien voir ta tête.
ii. Si c'est pas malheureux d'écrire des trucs aussi cons à trente berges... il y en a qui n'ont vraiment pas profité de leur vieillissement pour accroître leur sagesse.
Champs-Elysées, 21.09.07, 17h12. Mon copain et moi nous embrassons, lorsqu’un homme, la cinquantaine, origine arabe (*), se dirige vers nous et nous donne un coup de poing dans la poitrine – un chacun, nous criant que nous l’agressons et que nous devrions avoir honte.
Culotté, cet homme, tout de même. Pas de réaction de ma part, je me demande ce qui se passe – mon copain réagit et le repousse. Les passants doivent se retourner et s’écarter – ah, le courage parisien ! Un homme, la cinquantaine là encore, s’interpose entre nous et le premier. Et d’expliquer au premier homme qu’il a un comportement homophobe, que c’est lui qui nous agresse, pas le contraire.
Le premier ne semble pas comprendre.
Derrière, alors que mon copain laissait le second homme régler cela avec le premier, je commence à m’énerver et à sortir des phrases complètement inadaptées au public, du genre « si vous avez un problème avec votre inconscient, allez voir un psychiatre ». Jérémy, encore un effort pour te faire comprendre… Vivre ou ne pas vivre dans sa bulle ?
A savoir qu’on a légalement droit à une réaction « proportionnée », et légitimement droit de s’énerver. Dommage qu’il n’y ait pas eu quelque flic dans le coin, il y a en a normalement tous les trente mètres sur les Champs, j’aurais porté plainte, et la justice aurait peut-être permis à cet homme de prendre conscience que ses actes étaient totalement inappropriés.
Ce qui est emmerdant dans l’affaire, c’est que ce premier type se soit senti suffisamment dans son bon droit pour oser attenter à notre intégrité physique, et soit reparti en étant toujours persuadé d’avoir raison.
En conclusion, les vieux cons mourront avant nous, mais il importe, dans une société démocratique réelle, de promouvoir l’acceptation de l’autre dans ses différences, et accessoirement de faire en sorte qu’il y ait le moins de cons possibles. C’est l’endroit rêvé dans ma conclusion pour sortir qu’untel disait qu’on jugeait de la santé d’une société à sa capacité à intégrer ses marges.
Car il n’y a aucun mérite à accepter ce qui ne nous dérange pas. Il faut par exemple accepter les femmes fantômes (*) tout de noir vêtues dont on ne voit que les yeux, quitte à aller discuter posément avec elles de religion, rites, dogmes et pratiques, en se disant bien qu’on ne sera pas d’accord, mais qu’enfin, ce n’est pas une raison pour les empêcher de vivre ! Je n’ai jamais discuté avec une femme voilée, ça reste finalement aussi conceptuel qu’absurde pour moi. Mais jamais je n’irais en agresser une dans la rue…
Il faut impérieusement continuer à faire acte de visibilité et de banalisation. Pour lutter contre la bêtise et l’ignorance. Il faut prendre des risques.
Est-ce que j’ose ?…
Homosexuel(le)s de tous les pays, embrassez-vous !
(*) : un autre jour, le débat sur l’acceptation de l’homosexualité dans les pays arabes, dans la culture héritée de ces pays, et sur la religion.
"Jérôme, tu es en doctorat de philosophie, et tu n'es pas capable d'organiser les moyens pour parvenir à tes fins.
Alors ou tu restes là à contempler de loin les idées pures toute ta vie ou alors tu affrontes la réalité et tu vas lui parler directement, clairement, matériellement, phénoménologiquement."
Il y a la méditation perdue qui est rêverie et la méditation féconde qui est incubation. Le vrai penseur couve.
C'est de cette incubation que sortent, à des heures voulues, les diverses formes du progrès destinées à s'envoler dans le grand possible humain, dans la réalité, dans la vie.
Arrivera-t-on à l'extrémité du progrès ?
Non.
Il ne faut pas rendre la mort inutile. L'homme ne sera complet qu'après la vie.
Approcher toujours, arriver jamais ; telle est la loi. La civilisation est une asymptote.
Voici un extrait de Comme deux frères , d'Axel et Jean-François Kahn, un livre dont j'ai corné environ une page sur cinq, dont je recommande donc chaudement la saine lecture.
Jean-François Kahn a la parole.
"On nous assène à longueur de journée qu'une seule orientation, désormais, est valable et possible, que le verdict des urnes ne sert en conséquence à rien. Qu'on vote Gerhard Schröder ou Lula da Silva, c'est effectivement toujours la même politique. Il ne s'agit nullement d'une trahison : comme le serine l'orthodoxie dominante, compte-tenu des "contraintes" du marché et de ses exigences, des impératifs européens et de la mondialisation, il n'y a pas d'autre façon de procéder. Ca ne va pas dans le bon sens, mais c'est le seul sens possible ! On va dans le mur, mais ce mur étant "incontournable", comme ils disent, le pragmatisme implique ce fracassement. Mon raisonnement est inverse : puisque nous sommes embarqués sur un train fou qui se dirige vers un précipice, nous devons absolument l'arrêter, même contre l'avis de ceux qui le conduisent, quitte à faire dérailler la locomotive. Tu es bien placé pour le savoir : la commercialisation des gènes montre jusqu'où peut aller la marchandisation du monde. Puisque l'arme de l'expression électorale a été neutralisée, il faut stopper ce train, le réorienter à l'aide d'un projet révolutionnaire démocratique et humaniste. C'est la définition de ma conception de la révolution : un coup d'arrêt permettant une restructuration autour de l'être humain comme nouveau centre.
Ne nous y trompons pas : ce processus a déjà démarré, de toute façon : l'intégrisme, l'islamisme, le nationalisme ethnique, le national-populisme, le néofascisme, le néostalinisme, constituent autant de formes de réactions perverses à uns situation insupportable et qui ne sera pas supportée. Si nous ne remodelons pas l'avenir pour le meilleur, d'autres s'en chargeront pour nous, et pour le pire. Souvenons-nous de 1930 où, face à l'effondrement du capitalisme, ce sont les fascismes et le stalinisme qui ont porté l'aspiration au changement, parce que les démocrates et les humanistes, à part Roosevelt aux Etats-Unis, n'ont pas su penser la métamorphose du système.
A travers l'histoire, les révolutions ont été de quatre natures : nationale, démocratique, sociale ou libérale. Or, pour la première fois, les quatre sont devenues indispensables ensemble ! Le référendum du 29 mai 2005 a montré la nécessité de redonner un sens à la nation, fût-elle européenne (je suis personnellement fédéraliste européen), en réaction à cette espèce de fuite illimitée vers un marché unique sous tutelle hégémonique américaine où seuls l'argent et la recherche du profit tiennent lieu de patrie. Nécessité d'une révolution nationale, donc, mais aussi démocratique : le bulletin de vote doit redevenir un instrument de transformation. Révolution sociale ensuite, en refus des inégalités, des fractures sociales inouïes que même Marx n'aurait jamais pu imaginer ! Et révolution libérale, enfin, pour reconquérir tous les acquis progressistes du libéralisme : la concurrence, la propriété démocratique et diffuse, la pluralité et le droit d'accès au marché, la vraie liberté d'entreprendre. Si on ne comprend pas que la logique néolibérale, normative, monopoliste, concentrationnaire, uniformisante, spéculative, insécuritaire, sorte de refondation du communisme sur une base privatisée, est radicalement destructrice du libéralisme authentique, on ne comprend rien ! C'est cette fusion des quatre inspirations révolutionnaires qui déterminera l'émergence d'une nouvelle modernité.
Pour ce faire, il faut reconstituer un front élargi, formé de tous ceux qui n'acceptent pas, soit pour des motifs philosophiques, soit pour des raisons économiques - ou d'intéret -, la situation : les chômeurs, les exclus, les salariés certes, mais aussi les petits commerçants, les artisans, les paysans non productivistes, et les patrons de PME, qui seront tous demain balayés par la dynamique néolibérale."
Des questions ? Défoulez-vous, je suis sûr que certain(e)s ne voient même pas où est le problème...
Ce film tiré d’une histoire vraie retrace le parcours d’une enseignante néophyte, Erin Gruwell, qui a choisi comme premier poste un lycée difficile de Long Beach. Face à elle tentent de survivre des adolescents en proie aux – et membres des – gangs. On assiste ainsi, médusés, à des scènes d’une violence inouïe résultant des tensions interraciales entre latinos, noirs et asiatiques – scènes qui peuvent paraître tellement surréalistes dans les années 80 aux Etats-Unis, du moins pour moi qui vis dans ma bulle. Grâce à son investissement, grâce à Anne Frank, elle va réussir à amorcer le dialogue avec ces jeunes, à intéresser ces élèves que tout prédestinait à l’échec, et à leur donner l’envie de surmonter leurs différends et de vivre ensemble, malgré tout.
Je trouve que cette histoire est un bel hymne au vivre ensemble et à la réussite dans la volonté collective, qu’il est toujours bon de rappeler.
Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.
Ahhh, c’est bon. Je crois que je bande. Ne vous méprenez pas, humbles lecteurs, rien de sexuel ! Non mais vous comprenez, ça fait quatre mois que j’ai demandé à la paroisse de St Denis une attestation de baptême, et - dieu soit en location !- je viens de la recevoir. (Ils doivent manquer de personnel…)
Enfin, je vais pouvoir accomplir cet acte ô combien important dans ma vie de catholique – le dernier, l’ultime : me faire débaptiser.
Ca me démangeait, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Se faire verser de l’eau sur la tête par un curé à l’âge de deux ans, franchement, c’est un peu comme se faire circoncire (excusez-moi, je n’ai pas vocation à blesser qui que ce soit avec ce paragraphe), on ne s’en remet jamais vraiment, et ça fait chier toute sa vie.
Je ne résiste pas …
***
A l’attention de M. le curé de la paroisse ***.
Monsieur le curé,
Ayant été baptisé en l'église *** le ***, sous le nom de Jérémy ***, je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter sur le registre des baptêmes en regard de mon nom la mention suivante : " A renié son baptême par lettre datée du 02/08/2007 "
En effet, mes convictions philosophiques ne correspondent pas à celles des personnes qui, de bonne foi, ont estimé devoir me faire baptiser. Ce sera ainsi contribuer à l'expression de la vérité que, vous et moi, nous respectons, en évitant de faire croire, au vu de mon nom sur vos registres, que je suis membre de la communauté catholique.
En conséquence, j'ai l'honneur de vous demander de bien vouloir me rayer des listes des baptisés qui sont tenues dans votre diocèse et de m'adresser une attestation de cette radiation.
Veuillez noter que légalement l'Eglise ne peut refuser une requête en débaptisation, et qu'elle doit, au titre de la réglementation de la Commission Nationale Informatique et Liberté sur les fichiers même manuscrits, fournir à titre gracieux un double de l'acte modifié.
Dans l'attente de votre confirmation écrite, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments distingués.
Jérémy ***.
***
Quitte à se faire rebaptiser un jour, si dieu le veut, mais… dieu m’en préserve !
Là, ce n’était plus possible. Entre les rituels et les dogmes, des millénaires de judéo-christianisme qui se vautre dans l’idéal ascétique, on n’en peut plus, les corps exsudent, les esprits pleurent, fuyez braves gens, les femmes et les invertis d’abord !
Plus sérieusement, quelques citations :
« Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, meurtriers entre les meurtriers ! Ce que le monde a possédé de plus sacré et de plus puissant jusqu'à ce jour a saigné sous notre couteau; qui nous nettoiera de ce sang ? Quelle eau pourrait nous en laver? Quelles expiations, quel jeu sacré seront nous forcés d'inventer ? La grandeur de cet acte est trop grande pour nous. Ne faut-il pas devenir Dieu nous-mêmes pour, simplement, avoir l'air dignes d'elle ? Il n'y a jamais eu d'action plus grandiose, et, quels qu'ils soient, ceux qui pourraient naître après nous appartiendront, à cause d'elle, à une histoire plus haute, que jusqu'ici, ne fut aucune histoire ! »
Le Gai Savoir
« En renonçant à la foi chrétienne, on se dépouille du droit à la morale chrétienne. Celle-ci ne va absolument pas de soi (…). Le christianisme est un système, une vision des choses totale et où tout se tient. Si l'on en soustrait un concept fondamental, la foi en Dieu, on brise également le tout du même coup : il ne vous reste plus rien qui ait de la nécessité. »
Le Crépuscule des idoles, Incursions d'un inactuel.
Friedrich Nietzsche
« Car Dieu n'est ni mort ni mourant - contrairement à ce que pensent Nietzsche et Heine. Ni mort ni mourant parce que non mortel. Une fiction ne meurt pas, une illusion ne trépasse jamais, un conte pour enfant ne se réfute pas. »
Traité d'athéologie – Michel Onfray
Point. Je reste ouvert pour tout baptême civil et républicain, bien entendu.
Je suis au regret de vous faire profiter de mon coup de gueule de la semaine. Ca aurait pu tomber sur la situation au Proche Orient ou le conflit au Darfour, mais j'ai choisi de sortir de mes gonds pour Arrêt sur Images, émission de décryptage de l'actualité et des médias diffusée depuis douze ans sur France 5, animée par Daniel Scheiderman, que je suis régulièrement, et qui, figurez vous, va être arrêtée, sur décision unilatérale de la direction de France Télévisions...
Et je ne suis pas du tout content. Parce que c'est une des seules émissions qui me faisait encore allumer mon téléviseur, parce que c'est une des rares émissions du PAF (la seule connue de moi) qui se permettait une liberté de ton certaine sur le PAF lui-même.
Bref ... sa suppression me révolte quelque peu, quoi qu'on puisse penser du ton hautain et parisien de ses journalistes, ils font un boulot important... et je n'ai pas envie qu'ils se retrouvent à la rtbf :-( .
Je vous propose donc de signer la pétition sur http://arret-sur-images.heraut.eu/ ; de faire passer ce petit mot à vos amis, ... avant de se retrouver pour faire le siège du ministère de la culture.
Bien cordialement,
Z.
ps. : ces mêmes journalistes animent l'excellent Big Bang Blog : http://www.bigbangblog.net/
Le temps balaye les amours mortes
Déjà l’automne est à ma porte
Il fait si froid, les saules pleurent
De mon cœur suinte une langueur
Je n’ai plus goût qu’à la noirceur
Seules demeurent les natures mortes
Sépias d’un vieux train qui emporte
Vers leur destin deux amoureux
Se souriant avec les yeux
Le temps ne tourne pas les pages
Des brumes du Souvenir ressortent
Une collection de natures mortes
Je remonte les fils d’un passé
Tel un fossoyeur dévoyé
Et excave les moments d’agape
Avant que le Styx ne les happe
Deux adolescents corps à corps
Pour quelque instant s’embrassent encore
Mais dans le parc le glas résonne
Déjà surgissent les brumes d’automne
Quand la mort vient, on se souvient
Des amours mortes
Et l’on ressort ces vieilles sépias
Qui nous transportent
Aux jours passés et trépassés
A croire qu’il suffisait d’aimer
Péremptoires idées…
SEUL, au seuil du vide
LE CŒUR serré, pale et livide
SE SOUVIENDRA des amours mortes
Comme d’autant de rêves qu’on emporte.
Je ne sais pas pourquoi, je me retrouve beaucoup plus souvent au théâtre à voir des pièces qui ne me plaisent pas qu’au cinéma à voir de mauvais films. Enfin si… je sais pourquoi ! Quand je sélectionne scrupuleusement le documentaire allemand dans le mk2 ad hoc qui saura me faire vibrer et/ou m’emporter sur mon siège, je vais plutôt à l’aveuglette au théâtre, suivant l’ami(e), me disant avec une certaine ingénuité qu’une scène nationale préservera des grosses coquilles. De fait, que nenni. J’ai vu de belles monstruosités ! Je me souviens avec émotion de Bartleby – ah ça, je préfèrerais ne pas... avoir vu cette pièce – ou de l’Ignorant et le Fou, où j’ai subi une performance d’acteur inénarrable : plus d’une heure de monologue sur les protocoles de dissection parce que le pauvre type ne réussissait pas à dire au personnage féminin qu’il avait envie de la sauter, bref…
Lorsqu’une pièce me plait, j’ai d’autant plus envie d’en parler.
Donc, je conseille Du Malheur d’avoir de l’Esprit, d’Alexandre Griboïedov.
L’auteur est un aristocrate russe du dix-neuvième, tombé en disgrâce auprès de Nicolas 1er pour avoir pris part à des actions en faveur d’une monarchie constitutionnelle. Il sera nommé ambassadeur de Russie à Téhéran – l’angoisse ! – et sera massacré pendant l’assaut de l’ambassade par une foule de fanatiques chiites en 1829. C’est drôle, non ?
Sur le papier, Du Malheur d’avoir de l’Esprit est une comédie. En fait, il y a de tout, des personnages comiques comme des moments d’intensité tragique. Il semble que cette pièce ait un grand succès en Russie, au point que beaucoup de ses répliques soient devenues proverbiales.
La pièce, unique œuvre de son auteur, dépeint une société russe sous l’emprise de la peur, et dénonce son conservatisme. Tchatski, héros cynique et progressiste, revient d’un long voyage et brûle de retrouver son amie d’enfance, Sophie, fille d’un haut fonctionnaire, Famoussov. Manque de bol – les absents ont toujours tort – il est accueilli froidement par celle-ci. Dès lors, Tchatski n’en démord plus : elle en aime un autre. Mais qui ? Le public est dans la confidence, mais … est-ce Skalozoub, cet officier ne brillant que par sa bêtise, ou bien Moltchaline, cet intriguant silencieux et servile ? Le soir, lors d’un bal chez Famoussov, Tchatski retrouve le Tout-Moscou : vieilles dames tyranniques, parasites, tricheurs, filles à marier stupides, maris abrutis. Une rumeur court… Tchatski serait devenu fou !...
Quelle critique de la société russe ! Critique aisément transposable, dans l’espace comme dans le temps. Il y a Lise, l’éternelle servante, victime des brimades des uns et des avances des autres, il y a ces aristocrates corrompus, les ambitieux serviles, les bruits qui courent et les portes entr’ouvertes. Il y a Sophie qui tente de libérer ses amours de l’étau paternel, et qui se fourvoie. Et Tchatski, errant sur scène en quête de réponse, contemple ce théâtre de la vie étonnamment d’actualité. Il s’emportera face au burlesque tragique. Rien n’y fera.
Pour sa première traduction en vers en français, sur une mise en scène de Jean-Louis Benoit, avec Philippe Torreton en Tchatski, Ninon Brétécher en Sofia… du beau monde.
Lors de la discussion avec le metteur en scène est ressortie une question. Je ne résiste pas au plaisir de la poser à la cantonade… mais au fait, comment vivre entouré de cons ?
Artiste: Les Fatals Picards
Chanson: La Sécurité De L'Emploi
Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter pour les scoots qu'il aura piqué
Lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé
Moi en bon prof, chuis préparé
Un peu de maths et de français, du Kick-boxing du Karaté
Tant pis pour la géographie ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi
Le programme de cette année
En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d'cent mots d'vocabulaire
On s'ra toujours à lire la préface même après l'hiver
Et mon voisin en me voyant me dira
"Bandes de fainéants, alors vous êtes déjà rentrés, vous savez pas c'que c'est d'bosser, avec vos semaines de 20h, vous bossez bien moins qu'un facteur, et dire que j'paye pour vos congés, et pis vous êtes même pas bronzé !"
Cent copies à corriger, 2/3 Prozac, 8 cafés,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".
C'lui aux lunettes, c'est mon surdoué
Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter, wow !
Bah, c'est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s'en contenter
C'est clair qu'un intello pareil, il va se faire racketter
35 élèves, cette année,
J'leur ai d'mandé c'qu'ils voulaient faire comme métier
J'ai 10 Zidane, 15 Amel Bent et 9 Bouba,
Un original qui veut faire vigile et avocat.
Il a dû voir chez Courbet
Que c'était pas mal d'être avocat si jamais t'allais en prison.
Ils croient tous qu'ils auront leur brevet en regardant l'Île de la Tentation
Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision.
Et mon voisin, le même qu'hier, me dira :
"Bande de fonctionnaires, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas ce que c'est de bosser, avec vos semaines de 20 heures, vous bossez moins qu'un contrôleur, et dire que je paie pour mon gamin, il a redoublé son CE1"
Vite les bulletins à remplir, 2/3 Prozac, et 8 kirs,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".
Les directives du ministère
Nous imposent d'faire des réunions plus régulières
On en fait même pour planifier les prochaines réunions
Ou pour décider de c'qu'on peut donner sans risques comme sanctions
Car fini les notes, de temps en temps
Faut juste leur envoyer des sms d'encouragement
L'évaluation c'est pas toi qui la fais, eux y't'disent si t'es cool.
J'préfère quand même qu'ils me donnent des notes plutôt que des coups de boule
Impossible de les faire redoubler
Les pauvres chéris faut surtout pas les perturber
Les programmes faut les simplifier y a trop d'leçons ça les assomme
Ils ont même proposé de donner le bac avec la prochaine Playstation
Et mon voisin, vous l'connaissez, me dira
"Bande de surpayés, vous foutez rien de la journée, vous devez pas être fatigué, avec vos s'maines de 20 heures, vous bossez bien moins qu'un chômeur, et pis pas d'chef et pas d'rend'ment, c'est pas pour c'que vous faites vraiment"
Vite les parents à rencontrer, 2/3 Prozac, 8 Grand Marnier
Et vu leur investissement, l'année prochaine ira pas en s'arrangeant
Faudra p't'être songer à les adopter
Venir le matin, le soir les coucher
Et p't'être dormir à leur place pour qu'ils restent éveillés en classe
La prof de gym n'est pas venue, s'est faite agresser dans la rue, mais bon ils l'avaient avertie, ils veulent pas d'sport avant midi, ils peuvent d'jà pas fumer en classe, et ça déjà c'est dégueulasse,
Entre chaque cours une bière et un joint, c'est quand même pas de gros besoins...
Cette fois-ci c'est décidé, mes gosses iront dans le privé, j'ai beau r'garder à deux fois, j'la vois pas tant qu'ça, la sécurité d'l'emploi.
Un film français dont je peux bien sûr donner la trame : un jeune élève d’école de commerce arrive pour un stage aux ressources humaines de l’usine où son père est ouvrier.
Chargé de la mise en application des 35h, il découvre par hasard que la direction planifie le licenciement de douze personnes, dont son père.
Je conseille ce film, qui pose de bonnes questions sur les rapports de force et les tensions au sein d’une entreprise, et plus globalement sur l’organisation du travail, et demeure à mon avis d’actualité.
[J’en dévoile la fin dans la suite du post]
Je dois dire que ce film m’a énormément touché. Notamment un dialogue entre le père et le fils. Je me suis surpris à avoir les larmes aux yeux. Le père, impuissant, résigné, qui va être viré à moins de cinq années de la retraite parce que pas assez rentable. Face à lui, le fils qui a lancé une grève en informant les salariés et syndicats des licenciements.
On imagine une usine rattachée à un groupe dont les contraintes financières vont crescendo.
Les syndicats révoltés d’une part, campent sur des positions caricaturales. La direction, elle, tente de se donner bonne conscience, arguant des nécessités économiques.
Ce film m’a touché personnellement en ce que qu’il peut transcrire une partie de ma relation avec mon père. C’est une chose. En ce qu’il cristallise donc des tensions sociales auxquelles je peux intérieurement être sujet.
Il pose de bonnes questions, mais pourtant n’apporte pas de réponse : on reste bloqué sur une grève. Sur des intérêts divergents et semble-t-il irréconciliables.
Puis-je me hasarder à tenter une réponse ?…
Elle rejoint le post précédent. Pour en finir avec la schizophrénie et les tensions, il importe de concilier les intérêts des travailleurs et des détenteurs des capitaux des entreprises .... comment ? Je soumets deux idées à votre jugement souverain.
1. un capitalisme de masse, démocratique. Impliquer les salariés en les faisant actionnaires de leurs entreprises. Que celui qui travaille ait son mot à dire sur les orientations de son entreprise. Au risque de faire un grand écart conceptuel dont certains ne vont pas se remettre, cette mesure que j'inscris dans l'idée d''autogestion me semble profondément de gauche et socialiste. Et bien évidement je ne cautionne ni le boursicotage, ni la quête du profit individuel.
2. une idée communiste. Nationaliser, rendre public un certains nombres de moyens de production dans divers domaines jugés sensibles, allant des transports au secteur énergétique en passant par le logement social ou la production de certains biens manufacturés. Vous croyez en l'état et en la solidarité nationale, vous ? Moi, plutôt oui.
Je lis dans Marianne que Laurence Parisot a dit dans l’Humanité du 10 janvier 2007 « On ne peut pas appliquer la morale à une grille de salaire. » J’aurais envie de dire no comment. Mais bon, là, ça m’énerve tellement que je ne vais pas pouvoir me retenir. Cette même Laurence Parisot qui avait d’ailleurs sur France Inter défendu l’idée d’une bonne et d’une mauvaise précarité. Parce que vous comprenez, un jeune diplômé qui se fait embaucher en CDD, c’est une bonne précarité, une opportunité, une chance. Comme si, légalement, le CDD était là pour ça ! Non, le CDD en France, Mme Parisot, s’applique dans des cas précis ; pour juger de l’aptitude de quelqu’un à tenir un poste dans une entreprise, il y a la période d’essai du CDI. Bref, il se trouve qu’il y a quelques temps, j’ai passé une demi heure à me faire expliquer doctement par un chef d’entreprise de deux cents personnes la grille de rémunération de ses salariés. OST. Elle concerne les salaires allant jusqu’à 2800 € brut ; au-delà, la rémunération est individualisée. (La motivation des cadres, vous connaissez ?) Cette grille fonctionne avec un système de coefficients, qui fixe des niveaux de poste. Chaque salarié voit son travail décortiqué par ce système, chacune des tâches qu’il effectue étant pondérée. La somme de ces points forme le coefficient, en vertu duquel un employé peut prétendre à tel ou tel salaire. La convention collective et la loi fixant un salaire minimal. Tout cela est très égalitaire, très froid et finalement préférable à un système de rémunération et de primes accordées à la tête du client. Le seul hic, là dedans, ce sont les sommes de la deuxième colonne du tableau. Bizarrement, les critères de pénibilité et de dangerosité des tâches effectuées sont bien moins pondérés que celui de « l’influence sur la politique stratégique de l’entreprise », ou de « management de ressources humaines ». Et cela permet à notre chef d’entreprise, sans sourciller, de justifier le SMIC de ses ouvriers avec un excédant brut d’exploitation de plus de deux millions d’euros.
Ah ça, pour sûr, la morale ne s’applique pas à une grille de salaire. Et puis d’abord, qu’ils triment, qu’ils suent, qu’ils en bavent, dans la vie y’a les gagnants et les perdants, non ? Vous avez déjà vécu avec un SMIC, vous ? Avec un SMIC, c’est sûr qu’on peut se permettre d’être partisan de la décroissance, d’en vouloir aux RMIstes, d’être plein de ressentiment envers un monde qui décidément nous échappe.
Ce qui me met hors de moi, dans l’expression de Mme Parisot, c’est le "on ne peut pas", qui scelle dans le marbre le credo libéral et ultra-individualiste de la fatalité de la loi du marché et de la lutte de chacun pour sa survie. Si, on peut ! On peut légiférer, pour que l’entreprise soit un lieu de démocratie participative, pour que celles et ceux qui y travaillent aient leur mot à dire sur la distribution des profits qu’ils permettent de générer. On peut œuvrer pour mettre en place un système qui maximise le bien-être d’un maximum de gens, responsabilise tout à chacun, fasse en sorte d’élever un maximum de personnes aux trois niveaux supérieurs de la pyramide de Maslow. Il faut tendre vers cela. Impérieusement.
Mme Parisot, vous voyez le monde avec des chiffres et des taux de productivité. Il y a plus essentiel. C’est une certitude humaniste.
Dans le cadre du plan « On ne va pas se laisser emmerder par des petits cons », le Ministère de la Rééducation Nationale a le plaisir de vous fournir un dialogue de qualité, commis ce jour...
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cerum06 : "une coupe de cheveu sa te ferai pa de mal"
Moi : " Ce genre de remarque, vois-tu, tu aurais pu t'abstenir de la faire. Ou du moins la faire autrement. Question d'éducation, je suppose. Là, on est en plein dans le "petit merdeux de 18 piges qui se la pète". Pour ta gouverne, je suis très content de ma coupe de cheveux actuelle, ne t'en déplaise. Elle me plait et plait aux gens que j'aime. Puisque tu ne me poses pas la question, je n'aime ni ta coupe fashion décolorée, ni tes lunettes de soleil, ni surtout ton air suffisant de jeune coq. ps. : achète toi un dictionnaire, ca fait négligé."
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Un peu de bruit pour rien. Je ne suis pas du tout partisan du très judéochrétien "si on te gifle la gauche, tend la droite." Et je n'étais pas d'humeur pédagogue aujourd'hui. Tant pis.