J'écoute : Pierre Lapointe Je lis : La soumission librement consentie Je joue : à Citadelles Je mange : de crêpes Je bois : peu Je cite : Naomi Klein Je pense : à ce que je vais faire de moi Je rêve : , et m'en souviens plus qu'avant. (mis à jour mercredi 27 août 2008 à 13:10)
Je ne sais pas pourquoi, je me retrouve beaucoup plus souvent au théâtre à voir des pièces qui ne me plaisent pas qu’au cinéma à voir de mauvais films. Enfin si… je sais pourquoi ! Quand je sélectionne scrupuleusement le documentaire allemand dans le mk2 ad hoc qui saura me faire vibrer et/ou m’emporter sur mon siège, je vais plutôt à l’aveuglette au théâtre, suivant l’ami(e), me disant avec une certaine ingénuité qu’une scène nationale préservera des grosses coquilles. De fait, que nenni. J’ai vu de belles monstruosités ! Je me souviens avec émotion de Bartleby – ah ça, je préfèrerais ne pas... avoir vu cette pièce – ou de l’Ignorant et le Fou, où j’ai subi une performance d’acteur inénarrable : plus d’une heure de monologue sur les protocoles de dissection parce que le pauvre type ne réussissait pas à dire au personnage féminin qu’il avait envie de la sauter, bref…
Lorsqu’une pièce me plait, j’ai d’autant plus envie d’en parler.
Donc, je conseille Du Malheur d’avoir de l’Esprit, d’Alexandre Griboïedov.
L’auteur est un aristocrate russe du dix-neuvième, tombé en disgrâce auprès de Nicolas 1er pour avoir pris part à des actions en faveur d’une monarchie constitutionnelle. Il sera nommé ambassadeur de Russie à Téhéran – l’angoisse ! – et sera massacré pendant l’assaut de l’ambassade par une foule de fanatiques chiites en 1829. C’est drôle, non ?
Sur le papier, Du Malheur d’avoir de l’Esprit est une comédie. En fait, il y a de tout, des personnages comiques comme des moments d’intensité tragique. Il semble que cette pièce ait un grand succès en Russie, au point que beaucoup de ses répliques soient devenues proverbiales.
La pièce, unique œuvre de son auteur, dépeint une société russe sous l’emprise de la peur, et dénonce son conservatisme. Tchatski, héros cynique et progressiste, revient d’un long voyage et brûle de retrouver son amie d’enfance, Sophie, fille d’un haut fonctionnaire, Famoussov. Manque de bol – les absents ont toujours tort – il est accueilli froidement par celle-ci. Dès lors, Tchatski n’en démord plus : elle en aime un autre. Mais qui ? Le public est dans la confidence, mais … est-ce Skalozoub, cet officier ne brillant que par sa bêtise, ou bien Moltchaline, cet intriguant silencieux et servile ? Le soir, lors d’un bal chez Famoussov, Tchatski retrouve le Tout-Moscou : vieilles dames tyranniques, parasites, tricheurs, filles à marier stupides, maris abrutis. Une rumeur court… Tchatski serait devenu fou !...
Quelle critique de la société russe ! Critique aisément transposable, dans l’espace comme dans le temps. Il y a Lise, l’éternelle servante, victime des brimades des uns et des avances des autres, il y a ces aristocrates corrompus, les ambitieux serviles, les bruits qui courent et les portes entr’ouvertes. Il y a Sophie qui tente de libérer ses amours de l’étau paternel, et qui se fourvoie. Et Tchatski, errant sur scène en quête de réponse, contemple ce théâtre de la vie étonnamment d’actualité. Il s’emportera face au burlesque tragique. Rien n’y fera.
Pour sa première traduction en vers en français, sur une mise en scène de Jean-Louis Benoit, avec Philippe Torreton en Tchatski, Ninon Brétécher en Sofia… du beau monde.
Lors de la discussion avec le metteur en scène est ressortie une question. Je ne résiste pas au plaisir de la poser à la cantonade… mais au fait, comment vivre entouré de cons ?
Artiste: Les Fatals Picards
Chanson: La Sécurité De L'Emploi
Ils sont marrants cette année
C'est difficile de deviner dès la rentrée
Lequel se fera arrêter pour les scoots qu'il aura piqué
Lequel sera incarcéré pour avoir trop dealé
Moi en bon prof, chuis préparé
Un peu de maths et de français, du Kick-boxing du Karaté
Tant pis pour la géographie ce qu'ils connaissent de l'Italie
C'est juste vaguement les spaghetti et Rocco Sifredi
Le programme de cette année
En français faudrait arriver à lire tout un livre en entier
Mais même Dan Brown et Marc Lévy y a plus d'cent mots d'vocabulaire
On s'ra toujours à lire la préface même après l'hiver
Et mon voisin en me voyant me dira
"Bandes de fainéants, alors vous êtes déjà rentrés, vous savez pas c'que c'est d'bosser, avec vos semaines de 20h, vous bossez bien moins qu'un facteur, et dire que j'paye pour vos congés, et pis vous êtes même pas bronzé !"
Cent copies à corriger, 2/3 Prozac, 8 cafés,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".
C'lui aux lunettes, c'est mon surdoué
Il sait écrire son nom sans fautes, il sait compter, wow !
Bah, c'est pas mal pour un 3ème, il faut savoir s'en contenter
C'est clair qu'un intello pareil, il va se faire racketter
35 élèves, cette année,
J'leur ai d'mandé c'qu'ils voulaient faire comme métier
J'ai 10 Zidane, 15 Amel Bent et 9 Bouba,
Un original qui veut faire vigile et avocat.
Il a dû voir chez Courbet
Que c'était pas mal d'être avocat si jamais t'allais en prison.
Ils croient tous qu'ils auront leur brevet en regardant l'Île de la Tentation
Merci pour tout ce que fait pour eux la télévision.
Et mon voisin, le même qu'hier, me dira :
"Bande de fonctionnaires, alors vous êtes déjà rentré, vous savez pas ce que c'est de bosser, avec vos semaines de 20 heures, vous bossez moins qu'un contrôleur, et dire que je paie pour mon gamin, il a redoublé son CE1"
Vite les bulletins à remplir, 2/3 Prozac, et 8 kirs,
Mais j'l'entends quand même dire d'en bas
"Et j'compte même pas la sécurité d'l'emploi".
Les directives du ministère
Nous imposent d'faire des réunions plus régulières
On en fait même pour planifier les prochaines réunions
Ou pour décider de c'qu'on peut donner sans risques comme sanctions
Car fini les notes, de temps en temps
Faut juste leur envoyer des sms d'encouragement
L'évaluation c'est pas toi qui la fais, eux y't'disent si t'es cool.
J'préfère quand même qu'ils me donnent des notes plutôt que des coups de boule
Impossible de les faire redoubler
Les pauvres chéris faut surtout pas les perturber
Les programmes faut les simplifier y a trop d'leçons ça les assomme
Ils ont même proposé de donner le bac avec la prochaine Playstation
Et mon voisin, vous l'connaissez, me dira
"Bande de surpayés, vous foutez rien de la journée, vous devez pas être fatigué, avec vos s'maines de 20 heures, vous bossez bien moins qu'un chômeur, et pis pas d'chef et pas d'rend'ment, c'est pas pour c'que vous faites vraiment"
Vite les parents à rencontrer, 2/3 Prozac, 8 Grand Marnier
Et vu leur investissement, l'année prochaine ira pas en s'arrangeant
Faudra p't'être songer à les adopter
Venir le matin, le soir les coucher
Et p't'être dormir à leur place pour qu'ils restent éveillés en classe
La prof de gym n'est pas venue, s'est faite agresser dans la rue, mais bon ils l'avaient avertie, ils veulent pas d'sport avant midi, ils peuvent d'jà pas fumer en classe, et ça déjà c'est dégueulasse,
Entre chaque cours une bière et un joint, c'est quand même pas de gros besoins...
Cette fois-ci c'est décidé, mes gosses iront dans le privé, j'ai beau r'garder à deux fois, j'la vois pas tant qu'ça, la sécurité d'l'emploi.