Chère Laurence Parisot ...
Je lis dans Marianne que Laurence Parisot a dit dans l’Humanité du 10 janvier 2007 « On ne peut pas appliquer la morale à une grille de salaire. » J’aurais envie de dire no comment. Mais bon, là, ça m’énerve tellement que je ne vais pas pouvoir me retenir. Cette même Laurence Parisot qui avait d’ailleurs sur France Inter défendu l’idée d’une bonne et d’une mauvaise précarité. Parce que vous comprenez, un jeune diplômé qui se fait embaucher en CDD, c’est une bonne précarité, une opportunité, une chance. Comme si, légalement, le CDD était là pour ça ! Non, le CDD en France, Mme Parisot, s’applique dans des cas précis ; pour juger de l’aptitude de quelqu’un à tenir un poste dans une entreprise, il y a la période d’essai du CDI. Bref, il se trouve qu’il y a quelques temps, j’ai passé une demi heure à me faire expliquer doctement par un chef d’entreprise de deux cents personnes la grille de rémunération de ses salariés. OST. Elle concerne les salaires allant jusqu’à 2800 € brut ; au-delà, la rémunération est individualisée. (La motivation des cadres, vous connaissez ?) Cette grille fonctionne avec un système de coefficients, qui fixe des niveaux de poste. Chaque salarié voit son travail décortiqué par ce système, chacune des tâches qu’il effectue étant pondérée. La somme de ces points forme le coefficient, en vertu duquel un employé peut prétendre à tel ou tel salaire. La convention collective et la loi fixant un salaire minimal. Tout cela est très égalitaire, très froid et finalement préférable à un système de rémunération et de primes accordées à la tête du client. Le seul hic, là dedans, ce sont les sommes de la deuxième colonne du tableau. Bizarrement, les critères de pénibilité et de dangerosité des tâches effectuées sont bien moins pondérés que celui de « l’influence sur la politique stratégique de l’entreprise », ou de « management de ressources humaines ». Et cela permet à notre chef d’entreprise, sans sourciller, de justifier le SMIC de ses ouvriers avec un excédant brut d’exploitation de plus de deux millions d’euros.
Ah ça, pour sûr, la morale ne s’applique pas à une grille de salaire. Et puis d’abord, qu’ils triment, qu’ils suent, qu’ils en bavent, dans la vie y’a les gagnants et les perdants, non ? Vous avez déjà vécu avec un SMIC, vous ? Avec un SMIC, c’est sûr qu’on peut se permettre d’être partisan de la décroissance, d’en vouloir aux RMIstes, d’être plein de ressentiment envers un monde qui décidément nous échappe.
Ce qui me met hors de moi, dans l’expression de Mme Parisot, c’est le "on ne peut pas", qui scelle dans le marbre le credo libéral et ultra-individualiste de la fatalité de la loi du marché et de la lutte de chacun pour sa survie. Si, on peut ! On peut légiférer, pour que l’entreprise soit un lieu de démocratie participative, pour que celles et ceux qui y travaillent aient leur mot à dire sur la distribution des profits qu’ils permettent de générer. On peut œuvrer pour mettre en place un système qui maximise le bien-être d’un maximum de gens, responsabilise tout à chacun, fasse en sorte d’élever un maximum de personnes aux trois niveaux supérieurs de la pyramide de Maslow. Il faut tendre vers cela. Impérieusement.
Mme Parisot, vous voyez le monde avec des chiffres et des taux de productivité. Il y a plus essentiel. C’est une certitude humaniste.
30/04/07 - 10:47
Avec sa tête de première de la classe (de perfectionnement), Madame Parisot NE PEUT PAS comprendre qu'il existe dans le monde des choses qui ne soient pas tarifées : l'amitié, l'amour, l'art, la joie... Elle doit être bien triste cette pauvre femme ; finalement, mieux eut-il vallu la plaindre que de la blâmer.
Elle ne peut malheureusement rien à sa bêtise et à son aveuglement !
orfeo