J'écoute : popopopoker face, sisi, sans honte
Je regarde : Paris qui s'approche, imperceptiblement.
Je lis : Voyage au bout de la nuit
Je joue : avec mon avenir
Je mange : des Bjork framboise!
Je pense : avec mon avenir
Je rêve : à mon avenir
(mis à jour mardi 23 juin 2009 à 09:45)

28/05/2007

28/05/07 - 14:13

Du malheur d’avoir de l’esprit, et cætera

(Introduction dispensable – trop péteuse trompettiste)

Je ne sais pas pourquoi, je me retrouve beaucoup plus souvent au théâtre à voir des pièces qui ne me plaisent pas qu’au cinéma à voir de mauvais films. Enfin si… je sais pourquoi ! Quand je sélectionne scrupuleusement le documentaire allemand dans le mk2 ad hoc qui saura me faire vibrer et/ou m’emporter sur mon siège, je vais plutôt à l’aveuglette au théâtre, suivant l’ami(e), me disant avec une certaine ingénuité qu’une scène nationale préservera des grosses coquilles. De fait, que nenni. J’ai vu de belles monstruosités ! Je me souviens avec émotion de Bartleby – ah ça, je préfèrerais ne pas... avoir vu cette pièce – ou de l’Ignorant et le Fou, où j’ai subi une performance d’acteur inénarrable : plus d’une heure de monologue sur les protocoles de dissection parce que le pauvre type ne réussissait pas à dire au personnage féminin qu’il avait envie de la sauter, bref…
Lorsqu’une pièce me plait, j’ai d’autant plus envie d’en parler.


Donc, je conseille Du Malheur d’avoir de l’Esprit, d’Alexandre Griboïedov.
L’auteur est un aristocrate russe du dix-neuvième, tombé en disgrâce auprès de Nicolas 1er pour avoir pris part à des actions en faveur d’une monarchie constitutionnelle. Il sera nommé ambassadeur de Russie à Téhéran – l’angoisse ! – et sera massacré pendant l’assaut de l’ambassade par une foule de fanatiques chiites en 1829. C’est drôle, non ?

Sur le papier, Du Malheur d’avoir de l’Esprit est une comédie. En fait, il y a de tout, des personnages comiques comme des moments d’intensité tragique. Il semble que cette pièce ait un grand succès en Russie, au point que beaucoup de ses répliques soient devenues proverbiales.

La pièce, unique œuvre de son auteur, dépeint une société russe sous l’emprise de la peur, et dénonce son conservatisme. Tchatski, héros cynique et progressiste, revient d’un long voyage et brûle de retrouver son amie d’enfance, Sophie, fille d’un haut fonctionnaire, Famoussov. Manque de bol – les absents ont toujours tort – il est accueilli froidement par celle-ci. Dès lors, Tchatski n’en démord plus : elle en aime un autre. Mais qui ? Le public est dans la confidence, mais … est-ce Skalozoub, cet officier ne brillant que par sa bêtise, ou bien Moltchaline, cet intriguant silencieux et servile ? Le soir, lors d’un bal chez Famoussov, Tchatski retrouve le Tout-Moscou : vieilles dames tyranniques, parasites, tricheurs, filles à marier stupides, maris abrutis. Une rumeur court… Tchatski serait devenu fou !...

Quelle critique de la société russe ! Critique aisément transposable, dans l’espace comme dans le temps. Il y a Lise, l’éternelle servante, victime des brimades des uns et des avances des autres, il y a ces aristocrates corrompus, les ambitieux serviles, les bruits qui courent et les portes entr’ouvertes. Il y a Sophie qui tente de libérer ses amours de l’étau paternel, et qui se fourvoie. Et Tchatski, errant sur scène en quête de réponse, contemple ce théâtre de la vie étonnamment d’actualité. Il s’emportera face au burlesque tragique. Rien n’y fera.

Pour sa première traduction en vers en français, sur une mise en scène de Jean-Louis Benoit, avec Philippe Torreton en Tchatski, Ninon Brétécher en Sofia… du beau monde.

Lors de la discussion avec le metteur en scène est ressortie une question. Je ne résiste pas au plaisir de la poser à la cantonade… mais au fait, comment vivre entouré de cons ?

commentaires

28/05/07 - 14:40

Très belle pièce que j'ai vue à Chaillot aussi !
Je connaissais Griboëdov par un autre auteur russe.
Si tu l'aimes je te conseille de lire "La mort du Vazir Moukthar" de Youri Tynianov !

17/08/07 - 00:33

Ça a l'air effectivement très bien; il faudrait que je sorte davantage... je me suis tellement souvent ennuyé au théâtre!

Quoique, je ne sais pas si la pièce me plairait: depuis un bout de temps, les cons ne me font plus rire. vivre entouré de cons n'est simplement pas vivre; il faut s'échapper; pour aller où, là est le pb; et on ne peut fuir éternellement. changer de cons souvent rend les choses plus supportables.

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