J'écoute : Pierre Lapointe
Je lis : La soumission librement consentie
Je joue : à Citadelles
Je mange : de crêpes
Je bois : peu
Je cite : Naomi Klein
Je pense : à ce que je vais faire de moi
Je rêve : , et m'en souviens plus qu'avant.
(mis à jour mercredi 27 août 2008 à 13:10)

22/08/2007

22/08/07 - 09:47

Groupons-nous, et demain ...


Voici un extrait de Comme deux frères , d'Axel et Jean-François Kahn, un livre dont j'ai corné environ une page sur cinq, dont je recommande donc chaudement la saine lecture.

Jean-François Kahn a la parole.

"On nous assène à longueur de journée qu'une seule orientation, désormais, est valable et possible, que le verdict des urnes ne sert en conséquence à rien. Qu'on vote Gerhard Schröder ou Lula da Silva, c'est effectivement toujours la même politique. Il ne s'agit nullement d'une trahison : comme le serine l'orthodoxie dominante, compte-tenu des "contraintes" du marché et de ses exigences, des impératifs européens et de la mondialisation, il n'y a pas d'autre façon de procéder. Ca ne va pas dans le bon sens, mais c'est le seul sens possible ! On va dans le mur, mais ce mur étant "incontournable", comme ils disent, le pragmatisme implique ce fracassement. Mon raisonnement est inverse : puisque nous sommes embarqués sur un train fou qui se dirige vers un précipice, nous devons absolument l'arrêter, même contre l'avis de ceux qui le conduisent, quitte à faire dérailler la locomotive. Tu es bien placé pour le savoir : la commercialisation des gènes montre jusqu'où peut aller la marchandisation du monde. Puisque l'arme de l'expression électorale a été neutralisée, il faut stopper ce train, le réorienter à l'aide d'un projet révolutionnaire démocratique et humaniste. C'est la définition de ma conception de la révolution : un coup d'arrêt permettant une restructuration autour de l'être humain comme nouveau centre.

Ne nous y trompons pas : ce processus a déjà démarré, de toute façon : l'intégrisme, l'islamisme, le nationalisme ethnique, le national-populisme, le néofascisme, le néostalinisme, constituent autant de formes de réactions perverses à uns situation insupportable et qui ne sera pas supportée. Si nous ne remodelons pas l'avenir pour le meilleur, d'autres s'en chargeront pour nous, et pour le pire. Souvenons-nous de 1930 où, face à l'effondrement du capitalisme, ce sont les fascismes et le stalinisme qui ont porté l'aspiration au changement, parce que les démocrates et les humanistes, à part Roosevelt aux Etats-Unis, n'ont pas su penser la métamorphose du système.

A travers l'histoire, les révolutions ont été de quatre natures : nationale, démocratique, sociale ou libérale. Or, pour la première fois, les quatre sont devenues indispensables ensemble ! Le référendum du 29 mai 2005 a montré la nécessité de redonner un sens à la nation, fût-elle européenne (je suis personnellement fédéraliste européen), en réaction à cette espèce de fuite illimitée vers un marché unique sous tutelle hégémonique américaine où seuls l'argent et la recherche du profit tiennent lieu de patrie. Nécessité d'une révolution nationale, donc, mais aussi démocratique : le bulletin de vote doit redevenir un instrument de transformation. Révolution sociale ensuite, en refus des inégalités, des fractures sociales inouïes que même Marx n'aurait jamais pu imaginer ! Et révolution libérale, enfin, pour reconquérir tous les acquis progressistes du libéralisme : la concurrence, la propriété démocratique et diffuse, la pluralité et le droit d'accès au marché, la vraie liberté d'entreprendre. Si on ne comprend pas que la logique néolibérale, normative, monopoliste, concentrationnaire, uniformisante, spéculative, insécuritaire, sorte de refondation du communisme sur une base privatisée, est radicalement destructrice du libéralisme authentique, on ne comprend rien ! C'est cette fusion des quatre inspirations révolutionnaires qui déterminera l'émergence d'une nouvelle modernité.

Pour ce faire, il faut reconstituer un front élargi, formé de tous ceux qui n'acceptent pas, soit pour des motifs philosophiques, soit pour des raisons économiques - ou d'intéret -, la situation : les chômeurs, les exclus, les salariés certes, mais aussi les petits commerçants, les artisans, les paysans non productivistes, et les patrons de PME, qui seront tous demain balayés par la dynamique néolibérale."

Des questions ? Défoulez-vous, je suis sûr que certain(e)s ne voient même pas où est le problème...

commentaires

22/08/07 - 10:11

On est bien d'accord sur tous ces points :)

22/08/07 - 10:25

Même dans le cadre du système actuel, l'issue n'est pas fatale; ya comme une volonté sado/maso d'aller dans le mur là où il est le plus épais et le plus rapidement possible.

Par exemple, on aurait dû, depuis longtemps, basculer la fiscalité des revenus (officiels) sur le consommation (avec des taux très différenciés de TVA) et sur le capital non expatriable (foncier...). Un impôt foncier alourdi aurait de plus enrayé la hausse et limité la spéculation.

Les commentaires sont automatiquement fermés aux visiteurs au bout de trente jours.